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Rencontre avec Pascal Boillet, artiste Ardennais.

Mis à jour : juin 6

Habitant de Monthermé, Pascal Boillet est un peintre aux inspirations éclectiques ; attiré comme un papillon par les phares de plusieurs domaines. Il est un passionné par nature.


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"Si la magie existe elle est dans la peinture. Elle nait d'un trait, d'un point posé sur l'espace vide. Le charme s'accomplit, fait vibrer la couleur, va se couler dans l'ombre et jaillit en lumière."

Pourquoi et comment être venu à la peinture ?


J’ai toujours aimé le dessin et la peinture. Tout petit je dessinais assis sur les genoux de mon grand-père. Plus tard, comme il fallait bien gagner ma vie, j’ai travaillé dans le bâtiment. Puis en 1972, je suis entré à l’Ecole Blot de Reims pour apprendre la peinture en lettres, décors et trompe l’œil. C’est en cette école que j’ai découvert la magie du pouvoir de l’expression picturale artistique. Tout en travaillant dans le bâtiment, je dessinais et peignais le week-end et m’inscrivis à une association de peintres amateurs dans laquelle je fis la connaissance de Mr Robert Charles qui me transmit son art du portrait et acheva de me faire comprendre le sens des mots : « être artiste ».


C’est en 1985 que j’ai adopté le statut d’artiste peintre professionnel. Travaillant sans relâche à m’améliorer, je remportai ici et là des concours et distinctions. Au bout de trois années je me vis proposer de reprendre un cours de dessin-peinture abandonné à Reims. Je débutai dans un espace culturel en 1988 et connus un succès grandissant, doublant puis triplant le nombre de mes élèves en trois ans. En 1990 je vins m’installer dans les Ardennes proposer mon programme de cours à la Maison de la culture de Charleville-Mézières. J’y obtins le même succès, avec encore plus d’élèves chaque semaine. Animant des cours à Reims et à Charleville, je créai en même temps des séries de peintures et dessins sur le thème commémoratif de 1914-18, mais réalisai aussi des illustrations et des portraits dans plusieurs thèmes différents. En parallèle, je participai ici et là à des expositions en solo ou en groupe dans le Nord, l’Est, à Paris et la proche Belgique.



Que ressentez vous quand vous peignez ?

J’ai essayé de traduire mon état d’esprit quand je suis devant ma feuille ou à mon chevalet. Je crois que cette phrase qui figure dans mon livre : « La couleur des mots » est le reflet au plus juste de ce qui se passe en moi lorsque je crée :


« Je suis là, devant ma toile ou mon papier, entre ignorance et savoir. Légères comme des papillons, mes pensées s’envolent, tendues vers la lumière de l’inspiration. Soudain, un rayonnement entre en moi, qui révèle les réponses à mes questions. L’imagination poétique pousse et grimpe vers les voûtes, symboles de l’élévation spirituelle. Je voyage en moi-même. C’est mon exil intérieur. »



Quelle est la qualité première d’un peintre ?


Il est très difficile de définir une qualité première chez un peintre. Il faut être patient, appliqué, ne pas être trop complaisant envers soi-même, mais néanmoins il faut aimer ce qu’on fait et surtout, en toute honnêteté, connaître son niveau et sa valeur.



Combien de temps prend la création d’une œuvre ?


Le temps nécessaire à réaliser une œuvre, dépend plus des éléments qui la composent que de son format. C’est la difficulté à rendre l’idée visible et compréhensible qui influe surtout sur la notion de temps qui de ce fait, reste toujours très variable.



Comment en êtes-vous venue à la féerie ?

Y a-t-il un élément particulier qui vous a attiré vers ce "petit monde" ?


En fait, j’ai depuis très jeune été captivé par les chevaliers qui visitaient les vieilles forêts et les grottes sombres pour braver la menace des monstres ou celle des méchantes sorcières. Que n’étais-je pas émerveillé par les étoiles sortant des mains des mages barbus tels que Merlin. Puis il y a eu cette révélation, quand en 1984 j’ai ouvert mon premier JRR Tolkien, en la lecture de « Bilbo le Hobbit ». Ce fut un départ fulgurant pour moi, comme si ce monde m’attendait depuis des années.


Pénétrant cet univers comme un grenier aux merveilles, je me suis senti comme envahi et en totale osmose avec ce monde magique. Il m’a fallu lire tout ce que j’ai pu trouver sur Tolkien. Je fus même joueur de jeu de rôle et j’écrivis des scénarios sur le thème, peuplés d’elfes, de nains, de hobbits, de dragons et de rôdeurs.



Et en 2004, je devins Gandalf sur les fêtes médiévales ; ce bonheur que j’ai vu alors s'allumer sur les visages à mon passage est vite devenu comme une drogue douce à laquelle je suis facilement devenu accro ! Quel n'est pas le meilleur sort de magie que l'on puisse posséder sinon celui qui permet d'allumer les sourires dans les yeux des enfants? Et dans ceux des grands ! (disent certains.)



Quelle est votre relation à l’imaginaire et plus particulièrement à l’imaginaire Ardennais ?


Je suis venu habiter dans les Ardennes en 1990.

Les Ardennes sont une belle région avec des rochers anthropomorphes et des forêts peuplées de mystères.

Mais plutôt que de raconter des légendes déjà prises et reprises par tous les écrivains et conteurs locaux, j’ai préféré en matière d’Histoire bien réelle, raconter l’odyssée de ceux qui choisirent le couvert et l’abri offert par la forêt pour échapper aux prisons et poteaux d’exécution durant la guerre de 1914-1918. J’ai donc écrit un livre sur l’occupation des vallées de Meuse et Semoy pendant la première guerre mondiale. D’un autre côté, les Ardennes et leurs vieilles forêts, sont naturellement un terrain fertile en matière de féérie. Un esprit ouvert peut aisément y voir des sylphes danser dans les landes embrumées du marais des Hauts-Buttés ou des farfadets faire rouler des pierres du haut du Roc la Tour, dans le plus pur style des légendes celtiques, sans vouloir faire de comparaison facile.



Pourquoi exercer et vivre dans les Ardennes ?

Dans la vie, on ne choisit pas toujours son chemin. L’important est de savoir s’adapter. Les chemins que l’on suit ne mènent jamais à un but fixé par hasard. J’entends certains dire : « Ca serait mieux si j’habitais à… » Je ne crois pas. Ça ne serait pas mieux. Ça serait pareil ici ou ailleurs si on ne bouge pas et qu’on ne fait qu’attendre des autres. A l’école de Rugby on m’a dit : « N’attends pas le ballon, va le chercher. » Où que l’on soit, il faut aller chercher, fouiller, regarder autour de soi et surtout partager.


Auriez-vous un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait faire ce métier ?


Pour moi la réponse est simple en ce qui concerne la création en général, qu’elle soit écrite ou peinte ou contée : « Quel que soit votre talent, ne vous croyez pas un dieu ou le meilleur, ou un juge, mais croyez en votre pouvoir de donner le meilleur de vous-même. Mettez-y de l’enthousiasme, partagez votre passion sans compter ; simplement pour apporter de la joie, du plaisir et de l’amour autour de vous. Ne vivez que pour ça. C’est une bonne clé pour accéder à la réussite et par là même, au bonheur sur terre. »


Une anecdote sur votre métier ?


Un jour, que je me produisais sous les traits de Gandalf, un jeune homme est venu me demander d’être le témoin de sa déclaration à sa fiancée : À mes pieds, il s’est agenouillé devant elle, lui a glissé une bague au doigt en lui disant qu’il la voulait pour femme pour la vie. Et il fallut que je prononce une sentence de mon cru pour consacrer leur promesse pendant qu’ils s’embrassaient.


Un dernier mot ?

Surtout, ayez toujours les yeux ouverts sur la Nature et le monde, car les plus grands secrets et les plus grands conseils se trouvent souvent aux endroits les plus inattendus, improbables.

Ne cessez jamais de chercher ces portes qui donnent sur le monde parallèle. Ne cessez jamais de croire à la magie et les fées, car lorsqu’on les renie, elles disparaissent à jamais et cessent pour toujours d’exister.



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